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Faillite de la raison dialectique

jeudi 20 mai 2021 par Francis Arzalier, ANC

Nous vivons décidément une bien triste époque, quand les repères idéologiques qui semblaient assurés depuis des siècles s’effritent chaque jour pour laisser place à une déferlante xénophobe et fascisante, portée par bien des gens qui se disaient "Républicains "encore hier. Et, fait plus grave encore, quand semblent s’effriter les convictions de résistance dans nos rangs, sous prétexte que l’insécurité est un crime contre les plus exploités, un thème abandonné par "la Gauche" acharnée à se discréditer, l’immigration un mal à juguler pour les mêmes raisons "populaires"...

Comme si " le peuple", désemparé, manipulé, avait toujours raison !

Qui aurait osé dire ça aux militants communistes allemands, internés au camp de Buchenwald quand la vague nazie emporta la majorité allemande en 1933 ?

Une autre mode fort en usage aujourd’hui démontre le recul des analyses raisonnables, chez bien des beaux esprits persuadés de maîtriser une approche critique, combattive sans concession ni nuance, affichant parfois l’autorité des grands ancêtres. En vertu de quoi ils n’hésitent pas à dessiner un monde noir ou blanc, débarrasse de toutes les contradictions et toutes les imperfections. Un reportage au Bénin diffusé Il y a quelques jours par une chaîne de télévision française faisait dire à " un descendant de piroguiers de Ouidah" :
"Nous étions forcés d’amener les esclaves jusqu’aux bateaux des négriers, sinon on était tué"

Ce qui est non seulement une bêtise, mais une insulte pour les Africains victimes du trafic esclavagiste et qui l’ont combattu, contre les trafiquants rétribués, noirs et blancs.

On a vu ces simplifications marquer les commémorations récentes, contaminées par cette outrance prônant la censure, que leurs modèles états-uniens nomment la cancel culture, au nom de laquelle il faudrait éradiquer Colbert et Napoléon de nos places publiques parce que l’esclavage était en leur temps aussi couramment accepté que le salariat aujourd’hui.

Passe encore de le voir répéter par de vieux croûtons réactionnaires, au sein de leurs Académies, où par les plumitifs stipendiés de nos télévisions. Ils déguisent ainsi les personnages de l’Histoire en angelots à ailes blanches ou en Démons sanglants, réduisent ainsi Staline à un Fourniret en plus grand, et "Saint Louis", tueur de Juifs et de paysans révoltés, devient entre leurs mains un Bisounours de classe maternelle.

Mais entendre certains parmi nous, qui sont sincèrement marxistes et léninistes (qui a dit cependant "seule la vérité est révolutionnaire ?") asséner que Napoléon fut " un militaire borné pétri de vanité ", et dire de Josef Djougachvili qu’il a "continué Lénine", c’est faire bon marché de cette vérité seconde du marxisme (la première etant que la lutte de classes est moteur de l’Histoire) :

Toute réalité est dialectique, contradictoire, et ne peut se révéler que dans ses dimensions contraires.

À commencer par les individus qui ont marqué leur temps, imprégnés de lui et le tordant à leurs envies. Tous ces " grands hommes ou femmes" qui furent une dimension de la France ne furent ni Anges ni Satans, mais parfois incarnèrent progrès ou parfois régression, en alternance ou simultanément.


Colbert, fils de bourgeois choisi comme ministre par Louis XIV pour ses compétences (et son dévouement à la personne du Roi) réalisa une œuvre de progrès en faveur de la bourgeoisie contre l’aristocratie terrienne, en créant en France des manufactures d’État et des productions jusque-la importées.

Il fut aussi le signataire du" Code Noir", qui certes organisait l’esclavage aux Antilles françaises, tout en ne permettant pas aux maîtres des plantations de tuer impunément un esclave.


Quant à Napoléon Bonaparte, il suffit de lire les travaux sérieux des historiens marxistes, le Soviétique Tarlé, les Français Soboul ou Antoine Casanova, pour apprendre qu’il fut à la fois le fils d’un rallié Corse à la France, après la conquête de l’Ile par les troupes de Louis XV, et de ce fait un parvenu qui n’a pu faire carrière dans l’armée que grâce à la Révolution de 1789 et à ses qualités stratégiques reconnues par tous ses contemporains et les nôtres ( à l’exception notable de Tolstoï qui n’était guère un militaire....).

Et un ambitieux, habile manœuvrier politique, qui a su utiliser son prestige guerrier pour prendre un pouvoir discrédité, et s’introniser Premier Consul, puis Empereur, avec l’assentiment de la bourgeoisie enrichie par le pillage de l’Europe, et même de la majorité paysanne française, satisfaite de voir consolidés ses acquis de 1789-93 (les lopins de terres nobiliaires ou d’Église devenues leur propriété, etc…), de voir rétablie la liberté de culte villageois par le Concordat, etc…

Napoléon Bonaparte, disciple convaincu de Machiavel, ne croyait en aucune des religions, mais savait les instrumentaliser toutes, l’Islam lors de sa campagne d’Égypte, le catholicisme quand il gouverna une Nation Française encore largement attachée à ce culte. Et il ajoutait même pour faire bonne mesure : " si je gouvernais un peuple juif, je rétablirais le Temple de Salomon." (Devant le Conseil d’État, 1 aout 1800).

L’autoritarisme impérial vis à vis de quelques intellectuels ou des Jacobins résiduels ne pesait guère face à ce pragmatisme politique d’inspiration voltairienne, et la guerre menée par lui en pure perte en Haïti en 1802 pour y rétablir l’esclavage aboli par les déportés africains insurgés guère plus : l’esclavage des Noirs était alors malheureusement accepté massivement par l’opinion française, à l’exception de militants comme l’Abbé Grégoire.

Il faudra la défaite militaire en 1814, face à toute une coalition continentale pour faire s’effondrer l’édifice napoléonien. Qui avait été, même à son corps défendant le vecteur reconnu par tous les historiens des idées anti-seigneuriales en Europe, d’Italie (voir Stendhal) en Pologne.

Un bilan contrasté, pour le moins, qui permet à n’importe quel politicien depuis de s’en réclamer l’héritier : Le libéral Macron qui se voudrait un chef de guerre et court de défaite africaine en ralliements penauds à son Maitre de Washington, mais aussi bien des chefs d’États copiant sans le dire ses lumineuses inventions politiques, du Code civil à l’administration préfectorale.


L’image de Staline aujourd’hui dominante en France, concoctée par des idéologues et communicants libéraux travestis en historiens, est celle d’un mégalomane et d’un "serial-Killer" de série télévisée : image absurde, qui, selon son inventeur Courtois, permet d’illustrer " les crimes du communisme". Fâcheusement, elle a contaminé, semble-t-il, jusque dans nos rangs : certains de nos proches reprenant à leur compte l’affirmation d’un Staline continuateur de Lénine en tous points, sans se douter qu’ils reproduisent ainsi les diatribes anti communistes d’un Courtois.

Le Staline que décrivent de nombreux historiens sérieux, de nationalités et idéologies diverses, est au contraire un jeune étudiant géorgien devenu militant bolchevik, clandestin courageux dans la Russie des Tsars, devenu dirigeant du PCUS suite à la mort de Lénine et à ses qualités reconnues d’organisateur du Parti.

Il fut aussi l’indéniable constructeur de l’industrialisation de l’URSS, sans laquelle le "pays des Soviets" n’aurait certainement pas pu résister à l’invasion nazie, et l’artisan infatigable et qualifié durant 4 ans de la "guerre patriotique", jusqu’à la chute du Berlin Nazi, prélude indispensable à la Libération des peuples européens. Mais ce personnage complexe fut aussi l’artisan des procès truqués, des exécutions et déportations inadmissibles de 1938, qu’aucun Communiste fidèle à ses principes ne saurait nier, ou justifier, sans trahir son idéal, qui est de liberté et d’égalité entre les hommes et les peuples.

Combattre la criminalisation du Communisme si fréquente aujourd’hui dans l’Union Européenne qui poursuit sa contre-révolution libérale, ne peut se faire valablement en refusant de voir les contradictions de l’histoire passée, notre avenir et celui du monde en dépendent.


Le plus récent manquement aux principes marxistes en ces temps de débandade théorique, nous fut asséné le mercredi 20 mai, quand le candidat à peine intronisé par ses camarades du PCF désireux de stopper la dégringolade de leur parti, annonça sa participation à la manifestation des policiers, exigeant "moins de laxisme judiciaire", plus de prison pour les mineurs, etc…
Et cela avec d’autres participants, ministres de Macron, représentants de la Droite, du RN, des Verts et du PS, et même Le sinistre Darmanin ! !

Refuser de voir les contradictions inhérentes à toute réalité, tout personnage, est non seulement contraire aux enseignements du marxisme vivant, de Marx à Lénine, de Fidel Castro à bien d’autres, mais contre-productif. Le sectarisme désarme les luttes militantes, qui n’ont pas besoin de cela, alors qu’elles sont confrontées aujourd’hui aux dangers croissants de fascisme.

Nos ennemis politiques, sectateurs du Capitalisme, ne cessent de faire l’amalgame entre les résistants palestiniens et le terrorisme, la dénonciation de l’État colonial d’Israël et l’antisémitisme, l’idéal communiste et le crime.

Laissons donc à messieurs Darmanin et Zemmour l’exclusivité du sectarisme et de la manipulation. Notre combat nécessaire, s’il analyse les faits dans leurs contradictions, sera d’autant plus fort.

21 mai 2021

   

Messages

  • 1. Faillite de la raison dialectique
    21 mai, 10:56 - par RICHARD PALAO


    Je ne vois pas pourquoi les propositions de ROUSSEL seraient une compromission avec la droite et l’extrême droite alors qu’il ne fait que reprendre aujourd’hui celle de Georges MARCHAIS et du PCF de l ’ époque , époque ou le PCF grâce à ces cellules quadrillait les quartiers et empêchait l’extrême droite de répandre son venin et où l activité militante et sociale des communistes était un frein contre la délinquance , les violences et trafics en tous genre qui pourrissent la vie des habitants des quartiers .
    On ne peut pas se contenter de dire aux gens qui subissent cette violence que la capitalisme est responsable , ce qui est exact , mais cette réponse n’est pas celle qui est attendue , tous ces gens veulent aujourdh ui et maintenant vivre mieux et en sécurité , en liant l’augmentation des effectifs de la police à la réactivation des services publics à la réhabilitation des quartiers, ROUSSEL s’ attelle à la double besogne qui devrait concerner tous les communistes : lutter pour que demain le capitalisme soit rayé de la carte et simultanément oeuvrer pour améLiorer tout de suite les conditions d’existence de la population, principalement celle des plus déshérités .
    Toutefois ROUSSEL a commis une grave erreur en participant à la manifestation des policiers car ce faisant il a brouillé son message et participé à la confusion idélogique , dans la lutte des classes la barrière n’a que deux cotés , on ne peut donc pas manifester pour lutter contre la violence et répondre aux revendications des policiers avec ceux qui , socialistes comme la droite et l’ extrême droite , sont responsables de cette violence ou qui l’exploitent .

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